...là tout de suite:
Prendre un thé en classant des articles intéressants
Massacrer l'Odyssée pour les 6e
Oui.
Depuis hier.
Jusqu'à lundi.
Ca fera (attendez...) 6 jours de célibat avec enfant. Mère célibataire quoi.
Bon ok.
Mère enceinte célibataire.
C'est pas la fête de la sloggi non plus, surtout que si j'en trouve une, de sloggi, elle a intérêt à avoir été taillée dans un parachute.
Du coup, cette nuit, j'ai rêvé que Gorille me quittait.
Notez que je suis pas malheureuse, du moins dans la vraie vie. Hier, j'ai abattu un taff de folie, la maison sans mec et sans chien est nickel, j'ai même trié mes fringues.
Un truc de fou.
Comme si soudain, je ne pouvais plus compter que sur moi-même... Seule constante dans ce chaos, je me suis endormie devant V (je ne verrai donc jamais un épisode en entier?)
Bref.
Donc cette nuit j'ai fait un rêve très réaliste. Gorille me quittait. pour une autre C'était d'autant réaliste que je l'ai déjà vécu, il y a...pfff...des sloggis de ça.
Oui, je sais, c'est difficile à croire mais j'ai déjà été larguée pour une autre. Je me souviens de l'annonce, j'avais flairé le truc. Mais ça, ce n'était rien. Mon cerveau a tout retenu et tout insufflé dans mon rêve.
Le moment d'intense liberté.
Le moment de léthargie.
Et le petit matin où on se réveille, l'esprit en béton vide.
Juste avant le cauchemar.
Bref, ce rêve était terrible. Ca m'apprendra à créer des personnages de roman largués avec des gosses et qui se lamentent pendant quatre chapitres.
Du coup, ce matin en me levant, déjà que je ne me sentais pas super glam' ces derniers temps (obèse, enceinte, vieille, et en plus j'ai une coupe de cul)
(pour ceux qui auraient un doute, je n'ai pas fait faire une coupe à mon cul., ce qui détonnerait encore un certain souci de plaire. "Avoir une coupe de cul" ça veut dire être mal coiffée)
Donc j'en étais au stade où je me demandais pourquoi j'infligeais ça à Gorille. J'étais même à deux doigts de l'inscrire directement sur meetic pour chercher ma remplaçante.
Celle dont, dis-je souvent en riant, suite à une réflexion de mes chers beau-parents qui adorent répéter à tout le monde que ce qu'on réussit le mieux chez eux, ce sont les seconds mariages, celle dont je ne suis que le "brouillon".
Seulement, ce matin, je ne me sentais justement que le brouillon de la vraie femme de Gorille.
Un truc flou et mal ajusté.Gribouillé.
Et là, pour la première fois depuis très longtemps, je me suis souvenue comme c'était fragile, un couple. Assez fragile pour exploser à la première prise de conscience. Ca doit être pour ça qu'on est tentés de s'y enfermer, de se mettre des oeillères.
La vérité, en amour, est terrifiante.
Et je me suis demandé à quoi tenait mon couple avec Gorille.
Il est évident que nous sommes des constructeurs. Des genres de castor de la relation amoureuse (sans les dents ni la queue plate). Il est évident aussi que nous sommes incapables de nous poser sur nos fesses et profiter. Chaque année, nous trouvons un nouveau challenge. Cette année par exemple, j'étais relativement peinarde, je n'avais plus qu'à valider ma titularisation, Gorille bossait tranquillou, après l'année de mon bouquin et mon concours... Et hop... Deuxième enfant, reprise d'études pour Gorille (qui a bien le droit, à son tour, de penser à lui).
Mais le reste?
Le quotidien est chiant, oui. Mais tout le monde sait que je suis une allergique du quotidien et que Gorille adore en parler et faire des histoires autour (mon dieu! Si la machine faisait du bruit, c'est parce qu'il y avait un caillou dedans! Probablement ramené du square par la Malé - jamais à cours d'idée pour nous nuire, celle-là - ou par sa mère qui à biiiiiiiip ans ramasse toujours les cailloux qu'elle trouve jolis et ne veut pas les jeter à la poubelle "parce que ce n'est pas leur destin de cailloux")
Le quotidien, c'est la mort mais c'est aussi ce qui construit.
Si quelqu'un connait la méthode pour trouver le bon équilibre, je prends.
Et tout le reste?
Nan, je ne vais pas vous parler de notre vie sexuelle mais ça va bien, merci.
J'avoue que je n'en ai aucune idée, pour le reste.
J'ai parfois le sentiment que ça ne se joue même pas entre Gorille et moi mais entre moi et moi.
Quand j'étais petite, je l'avoue, je voulais être célibataire. Je voulais des amis et des amants, et puis être reporter ou écrivain.
C'était un rêve de vrai conformiste, ce que je suis et que j'ai toujours été.
Je voulais être libre et vivre des aventures incroyables, retrouver au port des attaches solides et puis m'amuser.
Allez savoir pourquoi je suis tombée raide amoureuse du type le plus ancré de la terre, le plus enraciné, le plus droit et le plus fiable. Un chêne, en somme.
Allez savoir pourquoi j'ai tout accepté, alors que je ne voulais plus rien, surtout plus rien et encore moins d'amour: l'appartement, le mariage, les enfants, la belle-famille (qui est gentille mais qui fait chier, voyez-vous? On devrait interdire le concept de belle-famille. Les enfants qui voudraient trahir...pardon...se marier n'auraient qu'à renier leur famille et partir vivre dans une tribu inconnue avec leur nouvelle acquisition. Je suis sûre que de telles moeurs existent. Tout existe. Notez que je refuse de toute façon de vivre dans une tribu, moi qui trouve déjà que le camping en total Lafuma, c'est roots...)
Il faut que je me penche sérieusement sur la question.
En attendant, je dois aller préparer le pique-nique de la Malé qui part en sortie scolaire. Comme je suis une mauvaise mère pas très inventive, je vais lui refourguer un sandwich pour la deuxième fois de sa vie.
La première, c'était pour le même motif en septembre (il y a donc 8 mois) et la Malé continue de me dire parfois, avec un air dramatique: "Maman, l'autre fois, tu m'as fait un sandwich et je n'ai pas aimé!" (ton de l'enfant qui se retient de vomir sur les chaussures de sa mère, par pure bonté).
Tant pis, elle mangera des chips.
Faut apprendre à se serrer la ceinture, quand on fait partie d'une famille monoparentale.
Ca fait un moment que je recule à l’idée de me lancer dans un sujet forcément polémique sur ce blog mais, comme d’habitude, l’art et la manière n’étant pas mon fort, il faut bien que je m’y mette, tranquillement et à l’écrit.
La polémique Badinter s’est un peu calmée sur les ondes et son livre La mère et la femme – le conflit trône dans le top 3 des ventes d’essais de ces derniers mois.
Allez savoir pourquoi…
Peut-être parce que son livre, au milieu de tous les manifestes sur l’éducation des enfants, propose non pas une nouvelle méthode éducative mais bien de recentrer le débat sur celle qui obsède tous les pédo-psys de la terre : la mère. Et de ne pas oublier qu’une mère est avant tout une femme.
Parce que si, on l’oublie. Je me souviens avec agacement des réflexions de certains potes, dénués de méchanceté, qui m’appelaient « maman » à la naissance de la Malé, jusqu’au jour où je leur ai demandé si j’avais l’air d’être leur mère. (Et je n’évoquerai pas le trop fameux « on ne baise pas une maman » lancé par un pote qui, lui, était sérieux, et qui, je vous rassure, ne parlait pas de moi. A l’époque, je n’avais pas la Malé et j’étais déjà indignée– Hervé saura de quoi je parle, il était là.)
Je ne vais pas vous affirmer ici ce que veut dire –- ou pas – être mère, ni vous expliquer comme on le devient, ni remettre en cause l’instint maternel que Badinter a décrié en s’attirant les foudres, déjà à l’époque, des professionnels et du public concerné, et aussi d’un Bettelheim plus mesuré et humain.
Je peux simplement vous dire que j’ai compris, je pense, et aimé, j’en suis sûre, son discours.
Badinter ne remet en cause aucun des choix éducatifs des uns et des autres. Bien au contraire, elle prône la liberté de choix.
Ca parait un peu dingue, de prôner la liberté de choix dans l’éducation, alors que c’est la chose la plus personnelle qui existe. Mais c’est utile. Pourquoi ?
A cause de la mode. Mais pas que.
La mode actuelle est au naturalisme. Le nourrisson, après avoir vécu in utero de façon idyllique, nourri in utero de poulet et de légumes bio – pas de gras, d’alcool, de tabac, de fromage, de foie gras, le tout en tolérance zéro -, vient au monde dans un univers violent et hostile.
Jusque là, rien de nouveau.
Selon le naturalisme, le rôle de la mère est de revenir aux sources. L’enfant, langé dans ses couches lavables, de préférence, nourri au sein, porté en écharpe à l’africaine, ne devra connaître aucune frustration, aucun détachement, aucun éloignement de sa mère, le tout pendant au moins deux ans, durant lesquels il dormira dans le lit parental.
Je caricature, mais à peine.
Soit.
Je ne remettrai pas en cause ici ces méthodes, bien que j’ai un doute sur le bien-fondé d’une éducation pareille dans un monde où les enfants sont envoyés en collectivité à trois ans et jaugés selon leurs performances et où la précocité est officiellement un but en soi pour la plupart des parents (il suffit d’aller dans n’importe quel magasin de jouets pour s’en rendre compte et se retrouver assailli par tous les jeux éducatifs qui permettront à notre progéniture d’apprendre à lire et écrire plus vite, alors qu’ils sortent à peine de leur état de larve attachée au sein).
Il y a une autre donnée à prendre en compte, et une des plus importantes : le pouvoir. Certaines femmes ont compris quel était le pouvoir de la mère et quel ascendant elles pourraient avoir sur les jeunes femmes enceintes, inquiètes, parfois même tétanisées par leurs propres actes et la façon dont leur corps change. Ca existe depuis la nuit des temps. Ces femmes-là, pour lesquelles j’ai du mal à garder de la sympathie, sont celles qui vont conseiller, éduquer, guider, materner les futures mères, avec tout l’aplomb de « celles qui savent » et en utilisant le pire des arguments : si tu ne fais pas ce que je te dis, tu seras une mauvaise mère et ton enfant souffrira.
Bon, là, j’avoue que ma personnalité, mon éducation et mes principes prennent le dessus. Je crois au travail des femmes, à la liberté des femmes et à leur pouvoir décisionnel.
Et j’ai un vrai problème avec le pouvoir.
J’ai horreur du pouvoir car j’aurais tendance, si on m’en donnait, vraiment, d’en user et d’en abuser. D’être un tyran.
Et puis j’ai horreur du petit pouvoir, celui qu’on a dans sa cuisine de 10m2 ou sur son mec, ou sur ses gosses.
Si vous voulez que j’aie du pouvoir, donnez-moi Rome, ou laissez-moi finir mon livre tranquille.
Comme Badinter, je défends l’indépendance féminine. Masculine aussi mais la question se pose moins.
Comme elle, je pense que cette mode du naturalisme est une régression car elle maintient la femme à la maison, jouet du nouveau tyran de sa vie, l’enfant et dans l’illusion d’un pouvoir mesquin sur son frigo ou le slip de leur mari (s’il en veut un propre et s’il veut pouvoir l’enlever de temps en temps, il a intérêt à filer droit).
Je crois que les femmes doivent participer à la vie de la collectivité, également, au titre même d’individus.
Maintenant, je crois aussi à la liberté de choix. Si j’ai aimé le livre de Badinter, c’est qu’elle n’est pas contre l’allaitement ou le cododo (moi non plus) mais qu’elle dénonce les groupuscules qui sont derrière tout ça (la lechte ligue, ligue catholique limite-limite qui prône l’allaitement et le tout naturel).
En outre, je dénonce aussi le fait qu’on en vient à des contre-vérités médicales (l’allaitement protège de tout, il ne faut pas donner de médicaments ou vacciner nos enfants….etc…) dangereuses.
En résumé, je dénonce l’intégrisme, pas le principe.
Je dénonce les intégristes, les je-sais-tout, celles ou ceux qui viennent annoncer mille souffrances aux jeunes mères et à leurs enfants si les dogmes ne sont pas suivis.
Et il faut bien avouer que ce sont tous des naturalistes.
Je n’ai jamais entendu une jeune maman essayer de convaincre sa voisine de square du bien-fondé de l’utilisation du biberon, ni de la couche jetable. Je n’ai jamais entendu parler de groupes de parole de pro-biberons ou pro-couches jetables ou pro-petits pots.
Et je pense que ce n’est pas par culpabilité.
Je pense que c’est simplement parce qu’elles pensent comme moi : oui, je fais ce qui est bien pour mon bébé, mais aussi pour mon mec, pour moi, et pour ceux qui m’entourent.
Et non, mon enfant n’est pas ma seule préoccupation au monde.
Mais là, vous le savez, on touche à la rétrograde et sacro-sainte image de la mère. La mère absolue qui ne vit que depuis qu’elle l’est… La mère qui SAIT. La mère qui S’INQUIETE et donc qui SOUFFRE.
Ce qui est dramatique, voyez-vous, c’est qu’à une époque où on maîtrise son corps, sa contraception, où être mère est un choix dans la plupart des cas, ça devient aussi une religion et parfois une prison.
Et cette prison, ce sont ces femmes elles-mêmes qui l’ont construite.
Bravo, mes sœurs, vous n’avez même pas eu besoin des hommes, sur ce coup-là !
Votre orgueil vous a suffi. Oui, parce qu’il y a de l’orgueil à vouloir tout diriger, à vouloir être la meilleure mère possible (jusqu’à l’étouffement), à se sacrifier pour un enfant qu’on a voulu. Il y a un grand plaisir dans cette forme de contrôle.
Moi, la question est : que ferez-vous de vos filles ? Quelle image leur donnez-vous de l’être humain ? Un être dépendant d’un autre, sans autre préoccupation que le quotidien et le soin ? Sans autre préoccupation que les siens ? Voire que ses seins ? (oui je l’ai faite, fallait bien que je la fasse avant la fin non ?).
Moi je dis, à la mort de Badinter, on va être dans la merde. Parce que je me reconnais moyen dans un groupe qui s’appelle « ni pute ni soumise » ou dans les « chiennes de garde ». Les putes, les chiennes, tout ça… Pas mon truc.
En attendant, au lieu de me lire, remettez vous à votre lavage de couches à la maison, vos tire-laits et vos purées bio.
Avec un peu de chance et surtout si vous êtes en période d'ovulation, ce soir, ce sera la fiesta dans la sloggi.
Good girls !
Il a envie de s'acheter des sandalettes et un sac de rando.